PLF 2026 — L’investissement, boussole de la souveraineté et pilier de l’équité territoriale

À l’heure où le Maroc s’apprête à franchir une nouvelle étape de son parcours économique, le Projet de Loi de Finances 2026 ne saurait être un simple exercice budgétaire. Il doit être la traduction concrète d’une vision stratégique : celle d’un pays qui affirme sa souveraineté économique tout en consolidant sa cohésion territoriale.

Depuis plusieurs années, le Maroc a su démontrer sa capacité à investir dans des infrastructures de rang mondial : Tanger Med, le TGV, les zones industrielles de Kénitra ou de Tanger Tech. Mais l’enjeu aujourd’hui n’est plus uniquement de construire, il est de connecter : connecter les territoires entre eux, connecter les investissements aux compétences locales, et connecter la croissance à la justice sociale.

Investir pour rester souverain

Dans un contexte international marqué par la fragmentation des chaînes de valeur, la reconfiguration énergétique et la montée des tensions géoéconomiques, la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit par la capacité à produire, financer et innover sur son propre sol.

Le PLF 2026 doit donc être conçu comme un budget d’investissement souverain, orienté vers les secteurs à haute valeur ajoutée : industrie verte, agro-technologies, digitalisation, énergies renouvelables et économie du savoir.

Chaque dirham public investi doit être pensé comme un effet de levier sur le capital privé, et non comme une dépense d’équilibre.

Les partenariats public-privé (PPP) doivent devenir un instrument structurant de politique économique : ils ne consistent plus seulement à financer des projets, mais à co-gouverner la création de valeur. L’État doit jouer son rôle d’architecte : définir les priorités, réduire les risques, et libérer la capacité d’investissement des entreprises marocaines et étrangères.

Réconcilier attractivité et équité territoriale

L’autre dimension essentielle de ce PLF 2026 réside dans la répartition territoriale des investissements.

À l’heure où le Maroc se prépare à accueillir la CAN 2025 et à coorganiser la Coupe du Monde 2030, le défi n’est pas seulement d’investir massivement, mais d’investir intelligemment.

Les territoires ne doivent plus être perçus comme des zones d’exécution, mais comme des écosystèmes d’opportunités.

L’investissement doit permettre d’enclencher un rattrapage régional : connecter les provinces enclavées, valoriser le foncier public, développer l’eau et l’énergie durable, renforcer les pôles de compétences locales.

L’équité territoriale n’est pas une redistribution sociale, c’est une répartition stratégique des moteurs de croissance.

Un investissement équilibré entre Casablanca et Béni Mellal, entre Tanger et Tiznit, entre Fès et Zaio, c’est un Maroc qui avance au même rythme, avec les mêmes chances.

Vers un État investisseur et catalyseur

Le Maroc de 2026 doit affirmer un nouveau rôle de l’État : ni interventionniste, ni spectateur, mais catalyseur.

Un État qui oriente sans freiner, régule sans étouffer, et surtout mesure l’impact de chaque dirham investi.

Le PLF 2026 devra consacrer une approche plus fine de l’efficacité de la dépense publique :

    • Mesurer la rentabilité sociale et territoriale des projets,
    • Accélérer l’exécution des PDI (programmes de développement intégrés),
    • Et surtout, instaurer une culture du retour sur investissement public, aussi bien économique que citoyen.

Conclusion : une stratégie, pas un budget

Le PLF 2026 doit être plus qu’un budget. Il doit être une déclaration de souveraineté et de confiance dans la capacité du Maroc à décider de son avenir économique.

Car investir, c’est choisir : choisir la production plutôt que l’importation, l’équité plutôt que la concentration, la vision plutôt que la gestion.

Le Maroc a aujourd’hui l’opportunité de faire de l’investissement le langage commun de la nation — celui de la croissance durable, du progrès partagé et de la dignité économique.

Interview de Saad Faouzi avec le journal L’Opinion: ” Intégrer les MRE au Parlement et à la vie politique n’est pas un luxe”

Saad Faouzi plaide pour l’intégration des MRE au Parlement à la faveur de la réforme du code des élections en cours de préparation. Une vieille revendication qui n’a pas encore été exaucée. Selon lui, le fait d’associer la diaspora dans la vie politique n’est pas un luxe mais un impératif. Comment assurer une bonne représentativité des MRE ? Notre interlocuteur livre des pistes de réflexion. Entretien.

– Comment évaluez-vous la participation des MRE à la vie politique au Maroc, pensez-vous qu’ils sont assez pris en compte par les partis politiques ?

Permettez-moi de le dire avec clarté : la participation des Marocains Résidant à l’Étranger à la vie politique nationale demeure très faible, bien en-deçà de leur potentiel et de leur légitimité. C’est une réalité qui doit nous interpeller collectivement. Notre diaspora – qu’elle soit en Europe, en Amérique ou en Asie – constitue un réservoir exceptionnel de compétences, d’expertise et de leadership. Nous comptons parmi eux des figures de premier plan dans les domaines technologique, industriel, scientifique et entrepreneurial. Pourtant, cette richesse humaine est sous-exploitée, et trop souvent laissée en marge des décisions stratégiques qui concernent l’avenir du Royaume. Soyons lucides : nos partis politiques restent marqués par des pratiques archaïques et une vision centrée sur les équilibres locaux, percevant parfois les MRE comme des concurrents plutôt que comme des alliés. C’est une erreur stratégique et une perte pour le pays. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que dieu l’assiste, dans Son discours du 20 août 2022 à l’occasion de la Fête de la Révolution du Roi et du Peuple, a rappelé avec force « la nécessité d’établir un lien structurel et permanent avec les compétences marocaines à l’étranger, de les intégrer dans nos institutions et nos partis politiques, et de valoriser leur contribution au développement du pays ». Ce message royal n’est pas une simple orientation, c’est une feuille de route nationale. Les MRE ne sont pas un simple prolongement du Maroc à l’étranger. Ils sont une force motrice de notre économie, un réseau d’influence international et un vecteur d’ouverture diplomatique sur le monde. Les intégrer au Parlement et à la vie politique, c’est enrichir notre intelligence collective et préparer un Maroc plus ambitieux, plus compétitif et plus inclusif.

« Les Marocains du Monde représentent un capital humain et économique inestimable. Comme l’a rappelé Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans Son discours du 20 août 2022, leur intégration dans nos institutions et partis politiques est une nécessité stratégique. Les laisser à l’écart, c’est se priver d’un levier puissant pour un Maroc plus ambitieux, plus compétitif et plus inclusif. »

– Pour vous, quels sont les avantages que nos compatriotes à l’Étranger peuvent tirer de la représentativité des MRE au Parlement ?

Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), les Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) s’élevaient à 5,4 millions en 2020, pour une population nationale d’environ 36,7 millions. Cela représente donc près de 15 % de la population totale du Royaume. Cette diaspora est loin d’être un simple phénomène démographique : elle constitue une source majeure de transferts financiers qui soutient directement l’économie marocaine. En 2024, les envois de fonds des MRE ont atteint un record de 117,7 milliards de dirhams, soit environ 7,7 % du PIB. Ces chiffres traduisent à la fois l’attachement profond des MRE à leur pays d’origine et leur contribution déterminante à son développement. La représentativité des Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) au sein du Parlement n’est donc pas seulement un symbole : c’est un levier concret de transformation politique, économique et sociale. Pour nos compatriotes à l’étranger, siéger ou être représentés au Parlement signifie d’abord faire entendre leur voix là où se prennent les décisions qui engagent l’avenir du Maroc. Cela leur permet de défendre directement les questions qui les concernent : facilitation administrative, protection juridique, encouragement à l’investissement productif, reconnaissance des diplômes, mobilité professionnelle… autant de sujets stratégiques qui nécessitent une compréhension fine des réalités vécues à l’étranger. Ensuite, cette représentativité ouvre la voie à une participation active à la gouvernance nationale, en apportant au débat parlementaire des visions issues de l’expérience internationale, de l’innovation et des meilleures pratiques observées dans les pays d’accueil. Enfin, c’est un puissant outil de cohésion nationale. Elle renforce le lien affectif, institutionnel et politique entre le Maroc et sa diaspora. Comme l’a souligné Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans plusieurs reprises et circonctances. Surtout son discours du 20 août 2022, l’intégration des MRE dans nos institutions est une condition essentielle pour mobiliser tout le potentiel de ce capital humain exceptionnel au service du développement du Royaume. En résumé, donner aux MRE une place au Parlement dans les deux chambres, c’est leur offrir non seulement un siège à la table des décisions, mais aussi la capacité d’influencer positivement le présent et l’avenir du Maroc, tout en renforçant leur sentiment d’appartenance et de responsabilité envers leur pays d’origine. 

« Avec 5,4 millions de Marocains du Monde, soit 15 % de notre population, et 117,7 milliards de dirhams de transferts en 2024, notre diaspora est un pilier stratégique du Maroc. Sa représentativité au Parlement n’est pas un luxe, mais une nécessité pour intégrer ses compétences, défendre ses intérêts et bâtir un Royaume plus ambitieux et inclusif. »

– A votre avis, comment doit-on procéder concrètement pour garantir une véritable représentativité des MRE au Parlement. Faut-il ajouter des circonstances dédiées spécialement à la diaspora comme c’est le cas dans plusieurs pays européens ?

Si nous voulons garantir une véritable représentativité des Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) au Parlement, nous devons sortir de la logique symbolique pour entrer dans une approche structurelle et opérationnelle. Je le dis clairement : les MRE ne doivent pas être mis à l’écart dans des “circonscriptions dédiées” qui les isoleraient de la dynamique politique nationale. Au contraire, ils doivent être intégrés pleinement dans nos institutions, nos partis et nos instances de gouvernance, conformément à la vision éclairée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, appelant à mobiliser tout le potentiel de notre diaspora au service de notre pays et ses régions. Concrètement, je propose de mettre en place un quota d’un tiers des représentants MRE dans les deux Chambres du Parlement, pour garantir une masse critique et une influence réelle sur les décisions nationales.

On peut aussi imaginer une participation institutionnelle dans les Conseils régionaux des régions à forte présence de MRE, comme Fès-Meknès, Khénifra-Beni Mellal, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma ou Oujda, afin de renforcer le lien entre la diaspora et les territoires d’origine.

A cela s’ajoute des incitations financières pour les partis politiques qui présentent au moins 20 % de candidats MRE en tête de liste locale et régionale, afin de transformer l’intention en engagement concret. Enfin, il faut songer à créer un Secrétariat d’État rattaché directement au Chef du Gouvernement, dédié aux affaires des MRE, pour coordonner, simplifier et accélérer les procédures au service de nos compatriotes à l’étranger.

Ces mesures permettraient de passer d’une reconnaissance de principe à une intégration effective. La représentativité des MRE au Parlement ne serait plus un geste symbolique, mais un véritable moteur de développement politique, économique et social, ancré dans la gouvernance nationale. Les Marocains du Monde ne sont pas une périphérie : ils sont une force centrale du Maroc d’aujourd’hui et de demain. 

« Les Marocains du Monde ne sont pas une périphérie mais une force centrale du Maroc. Un tiers des sièges au Parlement, une présence dans les Conseils régionaux et un Secrétariat d’État dédié : voilà comment transformer leur potentiel en pouvoir d’action réel. »

Regulation, Policy & Public Programs: The Hidden Gatekeepers of VC in Morocco

Morocco’s entrepreneurial ecosystem is no longer on the margins of national policy. Over the last decade, the state has recognized startups and venture-backed firms as levers for economic diversification and job creation. Yet for all the progress, the gap between ambition and execution remains real. Understanding the current regulatory and policy landscape is therefore essential for founders, investors, and ecosystem actors who want to navigate and shape Morocco’s trajectory.

Digital Morocco 2030: Ambition Meets Execution

Launched in September 2024, Digital Morocco 2030 positions itself as a flagship agenda for the country’s digital economy. Its priorities include accelerating digitalization across sectors, supporting startup creation, and introducing direct funding lines for innovation. A notable announcement was the establishment of a 240M MAD (~$24M) fund dedicated to digital transition projects.

For the ecosystem, this program is a double-edged sword. On the one hand, it signals political will and creates visibility for startups as national assets. On the other, the funding scale remains modest compared to Morocco’s ambitions of regional leadership. The critical question is whether these resources will truly unlock private capital and generate scalable ventures, or risk reinforcing reliance on state-backed programs with limited multipliers.

State-Backed Capital: Risk-Sharing with Caveats

Through institutions such as CDG Invest, the Caisse Centrale de Garantie (CCG), and the Innov Invest Fund, Morocco has deployed several vehicles to reduce risk for private investors. These mechanisms typically operate via co-investments or guarantees, designed to cushion early-stage financing and make venture activity more attractive.

For founders, this translates into greater chances of securing seed and early growth funding. For policymakers, it shows a willingness to crowd in private players. Yet the architecture of these schemes matters: if guarantees are too generous or poorly structured, they can dilute investor discipline and create moral hazard. A healthy ecosystem requires a balance—state-backed risk-sharing that complements, rather than substitutes, private evaluation and conviction.

Friction Points: Where Ecosystem Growth Stalls

Despite progress, Morocco still faces persistent barriers that hold back both startups and investors:

    • Administrative Hurdles: Incorporation, licensing, and cross-border capital movements remain bureaucratic and time-consuming.
    • Exit Pathways: The absence of deep secondary markets and limited M&A activity restrict founders’ and investors’ ability to realize returns.
    • Complex Regulation: Overlapping fiscal regimes and fragmented investment codes make navigation costly and discourage institutional participation.

While platforms like Casablanca Finance City (CFC) create tax incentives and attract corporates, their benefits have yet to translate into broad-based startup liquidity. Morocco risks becoming a place where companies are formed, but not where they scale and exit.

Why It Matters for the Ecosystem

For Morocco’s innovation economy to thrive, regulatory and policy shifts must go beyond signaling. The ecosystem needs:

    1. Simplified administrative processes that lower the cost of starting and scaling.
    2. Exit-enabling infrastructure, including stronger capital markets and incentives for corporate acquisitions of startups.
    3. Smart deployment of public funds, ensuring that guarantees and co-investments catalyze—not replace—private risk-taking.

The ambition of Digital Morocco 2030 and related programs is clear. The challenge now is to ensure these policies move from vision to execution in ways that build a resilient, founder-friendly ecosystem rather than a dependency cycle.

 

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